Cohabiter avec chiens, chats et NAC : retour d’expérience d’une famille pas comme les autres
Organiser la vie de tous les jours avec plusieurs animaux, de différentes espèces, s'apparente parfois à un petit défi logistique. Pourtant, de plus en plus de foyers choisissent d’accueillir non seulement chien ou chat mais aussi lapin, rongeur, perroquet ou reptile, créant ainsi de véritables tribus à quatre (et deux) pattes.
Comment gérer l’alimentation, le territoire, les jeux ou la sécurité ? Jusqu’où va la compatibilité entre espèces ? Rencontre, sans filtre, avec la famille Robin, qui partage son quotidien avec pas moins de six compagnons distincts… Et des astuces utiles à tous ceux qui rêvent d’agrandir le cercle familial animal.
Une maison pleine de vie : présentation d’une famille multi-espèces
Dans la maison des Robin, en périphérie de Nantes, vivent actuellement deux chiens croisés, un chat adulte, un lapin bélier, un couple de cochons d’Inde et une perruche calopsitte. Parents de trois enfants, Marion et Éric n’en sont pas à leur première adoption : « Nous avons toujours eu des animaux en même temps que les enfants. Au fil des adoptions, la famille s’est agrandie, et la maison a été repensée », raconte Marion, éducatrice spécialisée, qui insiste sur le caractère réfléchi de chaque arrivée.
« Pour nous, l’équilibre de chacun – humains comme animaux – reste le critère central. »
Préparer l’arrivée d’un nouvel animal : une question de temps et d’espace
Intégrer un animal supplémentaire, surtout d’une autre espèce, ne s’improvise pas. « Chaque arrivée est précédée d’une phase d’observation et d’anticipation : quelle place laisser à qui ? Quels rituels bousculer ? » explique Éric. Le couple partage sa méthode :
- Zones définies dans l’habitat : « Nous avons créé des espaces cloisonnés : une pièce principale où tous les animaux peuvent se croiser sous surveillance, des refuges accessibles uniquement à chaque espèce (cage cloisonnée pour le lapin, arbre à chat, volière fermée, niche pour chiens). »
- Temps de présentation progressif : « L’arrivée d’un nouveau se passe toujours en douceur : observation à travers la cage ou la vitre, échanges d’odeurs avec des serviettes, et surtout, aucune confrontation forcée. »
- Éviter les jalousies : « Nous veillons à préserver les routines individuelles, notamment les temps de câlins et de jeux partagés – cela rassure les plus possessifs. »
Les défis au quotidien : alimentation, sécurité et gestion du stress
Vivre sous le même toit ne signifie pas partager tout : nourriture, accessoires et attention sont soigneusement différenciés.
- Alimentation : « Nous avons dû multiplier gamelles et points d’eau, en les plaçant à différents niveaux et dans des recoins accessibles uniquement à l’espèce concernée. Le lapin et les cochons d’Inde ont une alimentation spécifique à base de foin, tandis que le chat a sa gamelle sur un meuble en hauteur inaccessible aux chiens. »
- Sécurité : « Certaines interactions sont proscrites. Par exemple, le lapin, bien qu’habitué à la présence des chiens, n’est jamais laissé seul avec eux sans surveillance. La volière de la perruche est vérifiée chaque jour pour éviter toute incursion du chat. Un sas de portillon sépare le coin rongeurs de l’accès aux chiens. »
- Gestion du stress : « Un changement d’ambiance, une fête, ou la visite d’amis, cela perturbe vite l’équilibre. On prévoit alors des zones de repli pour tous, et on adapte le planning (promenades plus longues pour défouler les chiens, enrichissement du territoire pour le chat, cachettes supplémentaires pour le lapin). »
Renforcer l’entente : jeux, routines et médiation
La cohabitation harmonieuse n’est jamais figée, notent Marion et Éric : « Au quotidien, on mise beaucoup sur le respect des signaux de chaque animal et sur l’organisation de petits rituels communs. »
- Jeux partagés : chaque espèce a ses jeux favoris (balle pour les chiens, plumeau pour le chat, branches fraîches pour la perruche), mais la famille veille à ne jamais déclencher de compétition.
- Rituels synchronisés : « On crée des routines où tout le monde est impliqué, comme l’heure de la promenade ou de la récompense pour calmer les tensions. »
- Médiation par la voix et les odeurs : « Nous utilisons beaucoup le renforcement positif : félicitations, caresses, friandises au moindre signe pacifique. »
Ce qui marche… Et les concessions nécessaires
Marion le résume sans ambages : « Il faut accepter que tout ne sera jamais parfait. Entre un chat qui fugue, un chien craintif, un lapin territorial et une perruche matinale, on apprend la tolérance. » Certaines contraintes sont devenues des habitudes.
- Hygiène accrue : nettoyage quotidien des litières, aération, brossage régulier – pour limiter tensions et maladies.
- Budget encadré : « Avec plusieurs animaux, on doit bien anticiper frais vétérinaires, accessoires, alimentation adaptée. Mais certains coûts (jouets maison, litière en vrac, achats groupés) sont optimisés. »
- Implication familiale : enfants et adultes participent à tour de rôle, chacun étant responsable d’un animal – favorisant ainsi autonomie et respect.
Témoignages : regards croisés sur la vie en groupe
« Au début, j’avais peur que le chat attaque la perruche… En fait, avec de la patience et un peu de prudence, ils vivent chacun leur vie, sans stress. Et je trouve que cela a appris la douceur à nos enfants. » – Marion
« Pour moi, la clé est dans l’observation. Dès qu’un des animaux semble en retrait, on ajuste notre routine ou on renforce l’attention. Un animal stressé se remarque vite : il faut réagir avant l’escalade. » – Éric
Conseils pratiques pour les familles multi-animaux
- Réfléchir avant d’adopter : étudier la compatibilité des espèces, l’origine de l’animal (élevage, refuge, don), et prévoir les adaptations nécessaires.
- Priotiser la sécurité : ne jamais forcer le contact, multiplier les points d’observation et d’évasion pour les plus petits animaux.
- Gardez des moments exclusifs : chaque animal doit avoir du temps dédié seul avec son maître, pour éviter les jalousies et renforcer le lien privilégié.
- S’informer et demander conseil : vétérinaires, éducateurs animaliers ou forums spécialisés peuvent aider à anticiper les difficultés selon chaque combinaison d’espèces.
- Adapter l’organisation en continu : « Un bon aménagement aujourd’hui ne sera pas forcément valable dans six mois : grandir, vieillir, tomber malade, ça change beaucoup de choses chez eux aussi. »
Le mot des professionnels : des bénéfices pour tous
« La cohabitation entre espèces différentes, correctement préparée et encadrée, est source d’enrichissement cognitif – pour les animaux comme pour les humains. Les points-clés sont la patience, la prévention des accidents, et le respect du rythme de chacun. » – Dr Collet, vétérinaire comportementaliste
Les familles multi-animaux développent une attention accrue aux signaux faibles, à la gestion du stress et à la diversité des besoins. C’est aussi un apprentissage précieux pour les enfants, qui apprennent la patience et l’empathie.
Quand la cohabitation devient un art de vivre
Si vivre avec plusieurs animaux implique des concessions et demande parfois une organisation millimétrée, c’est avant tout une richesse au quotidien. Chez les Robin, on revendique une maison « plus animée, plus chaleureuse »… mais aussi un peu plus bruyante. « On ne reviendrai jamais en arrière ! »
- Pour encore plus de conseils concrets et d’astuces de familles multi-espèces, retrouvez nos dossiers dédiés sur animauxauquotidien.fr
- Échangez avec d’autres propriétaires dans la Communauté : organisation, budget, vie pratique, tout se partage !
- Avant tout changement ou introduction d’une nouvelle espèce , demandez conseil à votre vétérinaire ou éducateur animalier.
Parce qu’apprendre à vivre ensemble, c’est construire chaque jour une famille différente, attentive et solidaire – la vôtre.