Interview d’un enseignant en zoothérapie : le rôle des animaux à l’école
Parcours d’un enseignant précurseur : quand les animaux rejoignent la classe
Dans un contexte où la place des animaux dans le quotidien scolaire suscite à la fois curiosité et débat, la zoothérapie – ou médiation animale – s’impose progressivement comme un levier puissant pour l’épanouissement et le bien-être des élèves. Pour comprendre concrètement les apports et les réalités de cette démarche, nous avons rencontré Paul Lefèvre, instituteur en primaire et intervenant en zoothérapie dans une école inclusive près d’Angers. Retour sur une expérience pionnière et sur la façon dont la présence animale peut transformer la dynamique d’une classe.
La zoothérapie à l’école : concepts et objectifs
Le principe de la zoothérapie en milieu éducatif repose sur l’introduction contrôlée et réfléchie d’animaux – souvent des chiens, mais aussi des lapins ou des cobayes – pour aider les enfants à rencontrer certains objectifs : apaiser les tensions, favoriser l’attention, encourager l’expression ou encore consolider la confiance en soi. Loin d’être improvisée, cette médiation s’inscrit dans des protocoles pédagogiques précis, articulant bienveillance animale et développement des compétences psychosociales.
Rencontre avec Paul Lefèvre : une vocation inspirée par le vivant
Q : Paul, comment vous est venue l’idée d’intégrer des animaux dans votre pratique d’enseignant ?
Paul Lefèvre : “Depuis mes débuts comme instituteur, j’ai constaté que de nombreux élèves, même ceux ayant des difficultés d’apprentissage ou d’intégration, se révélent incroyablement ouverts et motivés en contact avec les animaux. Le déclic est venu lors d’une sortie pédagogique à la ferme : les enfants les plus réservés ou agités semblaient apaisés au contact des chèvres et du chien du fermier. J’ai commencé à me documenter sur la zoothérapie puis à me former, convaincu que l’animal pouvait devenir un véritable médiateur dans la classe.”
L’animal, vecteur d’apprentissage et d’épanouissement
Q : Quelles transformations avez-vous observées dans votre classe ?
P.L. : “L’arrivée de Nouka, notre labrador médiateur, a marqué un tournant. Dès les premières semaines, les élèves trouvaient plus facile d’entrer en relation : certains enfants non verbaux commençaient à communiquer en le caressant ou en lui lançant une balle. Chez d’autres, la simple présence de Nouka suffisait à apaiser le stress ou à canaliser la nervosité en début de journée. Nous avons instauré des petits rituels – tours de parole avec le chien, temps calme après la récréation. Les enfants s’impliquent davantage dans les responsabilités collectives, du brossage au remplissage de la gamelle.”
Mieux comprendre les bénéfices de la médiation animale à l’école
- Amélioration du climat de classe : le chien “casse la glace” entre élèves, facilite la gestion des conflits mineurs et apaise les tensions collectives.
- Stimulation de l’empathie : s’occuper d’un animal apprend à se soucier d’un autre être vivant, à prendre en compte ses besoins, à adopter des gestes adaptés.
- Soutien aux enfants fragilisés : les élèves avec trouble de l’attention, anxiété ou difficultés relationnelles s’épanouissent au contact de l’animal médiateur.
- Développement de l’autonomie et du sens des responsabilités : la prise en charge des soins courants (sous supervision) offre aux enfants une valorisation directe de leur engagement.
- Facilitation des apprentissages : la présence de l’animal dynamise certains exercices (lecture à voix haute au chien, dictées “pour Nouka”, résolution de problèmes impliquant le chien, etc.).
Encadrer la zoothérapie à l’école : conditions et préparation
Q : Comment s’organisent les séances, et quelles précautions prenez-vous ?
P.L. : “Aucune improvisation ! Chaque mois, nous informons les familles des activités prévues. Certains enfants ayant des allergies ou de la crainte envers les chiens, tout est pensé pour ne jamais forcer le contact et respecter les différences : zones sans chien dans la classe, temps de retrait possibles. Je collabore avec une éducatrice canine spécialisée et nous appliquons strictement les règles d’hygiène (lavage des mains systématique, animal vacciné, toiletté, suivi vétérinaire régulier). L’animal est toujours sous ma supervision ou celle du professionnel. Enfin, chaque situation est adaptée aux besoins des élèves, en lien avec l’équipe pédagogique et parfois le psychologue scolaire.”
Démarches pratiques : comment introduire la médiation animale en école ?
Paul Lefèvre détaille quelques étapes-clés pour qu’un projet de médiation animale puisse voir le jour en milieu éducatif :
- Obtenir l’accord de la direction d’école et de l’inspection académique, sur présentation d’un dossier complet.
- Mener une enquête auprès des familles (allergies, phobies, antécédents).
- S’associer à un professionnel certifié en médiation animale – éducateur, zoothérapeute, vétérinaire – et formaliser les modalités d’intervention (fréquence, encadrement, objectifs).
- Prévoir un protocole d’hygiène : nettoyage des locaux, gestion des poils, des plans de soins vétérinaires.
- Organiser un module de sensibilisation, pour préparer les élèves à la rencontre et au respect de l’animal (codes corporels, limites à ne pas franchir).
Des réticences à surmonter… et des réponses concrètes
Q : Quels obstacles avez-vous rencontrés, et comment les avez-vous levés ?
P.L. : “Les premières réserves venaient de parents inquiets des allergies et des risques sanitaires, ou des collègues qui craignaient une trop grande distraction. Ma réponse a été la transparence : réunion d’information, échange sur les protocoles de sécurité, distribution de brochures. Nous avons aussi proposé des activités alternatives ou un temps d’adaptation progressif pour les enfants peu à l’aise. Enfin, le succès et le bouche-à-oreille ont fini de convaincre : aujourd’hui, les familles sont souvent demandeuses de séances supplémentaires !”
Impact sur la vie scolaire et familiale
Q : L’influence de la médiation animale dépasse-t-elle les murs de l’école ?
P.L. : “Absolument ! De nombreux parents témoignent que leur enfant, plus calme et confiant à l’école, l’est aussi à la maison. Certains se sentent valorisés d’avoir ‘des responsabilités’ envers l’animal, d’autres osent plus facilement s’exprimer après les séances. D’ailleurs, notre projet a suscité des vocations : deux familles ont adopté un chien après avoir constaté les changements. Mais il ne faut pas minimiser l’encadrement nécessaire : avoir un animal chez soi n’est pas anodin et chaque adoption est réfléchie. La médiation doit rester une démarche guidée, structurée.”
Paroles d’élèves et de parents : l’animal, un moteur de confiance
“Grâce à Nouka, j’ai moins peur de parler devant la classe. Avant, je n’osais pas lever la main, maintenant, je lis même des histoires au chien.”
— Mélissa, 9 ans
“Notre fils a gagné en confiance et en autonomie. Il attend chaque semaine la séance avec le chien. À la maison, il raconte tout ce qu’il a appris sur ‘comment prendre soin d’un animal’.”
— Stéphanie, parent d’élève
Le regard du spécialiste : apports validés par la recherche
Les études récentes menées en France et à l’international confirment les observations de Paul Lefèvre. Selon un rapport de l’Inserm (2025), la médiation animale contribue à réduire l’anxiété, stimule les aptitudes sociales et favorise la coopération entre enfants. Elle s’avère particulièrement bénéfique dans les dispositifs d’inclusion scolaire (enfants autistes, porteurs de troubles DYS, situations de phobie scolaire…).
Vers une démocratisation encadrée de la médiation animale
Si l’encadrement reste la clé de la réussite (formation des intervenants, choix raisonné de l’animal, adaptation des protocoles scolaires), la place du chien – et des autres animaux médiateurs – dans le monde éducatif continue de progresser. Plusieurs collectivités françaises testent désormais des programmes pilotes, en collaboration avec des associations de protection animale et des universités. L’aventure, loin d’être terminée, en est peut-être à ses débuts.
À retenir : le potentiel éducatif du lien enfant-animal
- La zoothérapie favorise l’empathie, le bien-être et la confiance en soi à l’école.
- Son efficacité repose sur un encadrement professionnel et une préparation collective.
- Animaux et enfants partagent une capacité d’écoute, de réconfort et de respect mutuel, à condition de bénéficier d’un environnement sécurisé.
- La médiation animale séduit familles et enseignants, pour peu que chaque crainte soit prise en compte et chaque succès valorisé.
Pour aller plus loin, retrouvez sur animauxauquotidien.fr nos dossiers pratiques sur la médiation animale, les protocoles d’introduction du chien à l’école et les témoignages de familles et de professionnels ayant fait l’expérience de la zoothérapie éducative.
L’animal, véritable partenaire éducatif, change-t-il déjà l’école de demain ? De nombreux acteurs s’en donnent désormais la mission.