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Interview d’un vétérinaire : les erreurs courantes dans l’alimentation des NAC

Par Maxime
5 minutes

Paroles d’expert : alimentation des NAC, attention aux pièges quotidiens


Hamsters, lapins, cochons d’Inde, rats, furets, reptiles… Les nouveaux animaux de compagnie (NAC) séduisent un nombre croissant de foyers français. Leur petite taille et leur aspect attachant peuvent faire oublier qu’ils présentent des besoins nutritionnels très spécifiques, bien différents de ceux des chiens et chats.

Pour mieux cerner les erreurs fréquentes et éviter les pièges de l’alimentation des NAC, animauxauquotidien.fr a rencontré le Dr Florence Martin, vétérinaire spécialisée en médecine des animaux exotiques à Rouen. Son expérience en clinique et ses échanges avec les propriétaires révèlent que la bonne volonté ne suffit pas toujours à garantir le bien-être de ces petits compagnons.

Le vrai-faux des aliments adaptés : un défi pour les familles

« La principale erreur, c’est de croire que tous les petits mammifères mangent la même chose », souligne d’emblée le Dr Martin. Dans sa pratique, elle constate beaucoup de confusions, souvent entretenues par les étiquettes approximatives des marques d’alimentation vendues en animalerie. « On trouve par exemple en rayon des mélanges pour “rongeurs”, or les besoins d’un hamster et ceux d’un cochon d’Inde n’ont rien à voir, ni en fibres, ni en vitamines ! »

Première mise en garde : se fier aveuglément aux aliments “universels” pour NAC expose vos animaux à des carences ou à de graves déséquilibres. Il est essentiel de bien différencier l’espèce — et parfois même la race — avant de choisir une marque ou un type de granulé.

L’erreur n°1 : sous-estimer l’importance du foin… ou ne pas en proposer du tout

Chez les lapins, les cochons d’Inde, les octodons ou certains chinchillas, le foin représente la base absolue de l’alimentation. Il doit être proposé à volonté, chaque jour, en renouvelant l’apport pour garantir sa fraîcheur. « On me rapporte encore énormément de cas où le foin est considéré comme du simple “litière” ou un secours accessoire, alors qu’il doit représenter jusqu’à 80% du régime d’un herbivore ! »

Quels risques si on en manque ? Troubles digestifs (stases, diarrhées, constipation), malocclusions dentaires irréversibles, surcharge de poids. Remplacer le foin par un excès de granulés ou de fruits et légumes est une erreur fréquente, dont les conséquences peuvent être fatales en cas de troubles digestifs aigus.

Vitamines, fruits, graines : tous les « à-côtés » ne se valent pas

Des compléments spécifiques existent selon l’espèce. Le Dr Martin alerte : chez le cochon d’Inde, la vitamine C n’est pas facultative, et doit être apportée en supplément quotidien, car cet animal ne la synthétise pas. Point d’attention pour les familles : « Les fruits ou granulés enrichis ne sont souvent pas suffisants. Mieux vaut opter pour une solution liquide ou un comprimé dosé prescrit, à administrer dans une friandise ou mélangé à de l’eau. »

Côté fruits ou friandises, attention à la quantité et à la fréquence ! L’excès de sucres rapides entraîne, chez certains lapins ou cochons d’Inde, des dérèglements digestifs et des obésités précoces. Même remarque pour les graines riches (tournesol, maïs éclaté) souvent proposées aux hamsters et rats : « Leur consommation doit rester exceptionnelle, en guise de récompense ou d’enrichissement, et non constituer la base du repas. »

Focus : les idées reçues sur l’alimentation des reptiles et furets

Croire qu’un serpent ou un lézard peut vivre d’insectes en sachet ou de croquettes pour chats est un raccourci dangereux. Chaque espèce présente non seulement des besoins spécifiques en protéines ou calcium, mais aussi un rythme alimentaire très particulier (jeûne, ration fractionnée, adaptation à la saison). « Le principal danger, c’est la carence prolongée en calcium chez les tortues ou dragons barbus, qui conduit à des troubles du squelette irréversibles et parfois mortels », insiste le Dr Martin.

Pour le furet, qui reste un carnivore strict, les croquettes de basse qualité, riches en céréales, causent surpoids, troubles digestifs et même pancréatites. « Il ne faut jamais calquer l’alimentation d’un furet sur celle d’un chat, même s’ils partagent des habitudes de chasse et de jeu. »

Point sur les erreurs de distribution et de gestion du quotidien

  • Aliments “gourmands” présentés en libre-service : Danger ! Laisser à volonté des mélanges gourmands, graines ou granulés peut conduire à l’obésité et à des troubles métaboliques (notamment chez les octodons, lapins ou rats).
  • Bouteille d’eau mal entretenue ou mal positionnée : La stagnation de l’eau ou les embouts difficiles d’accès exposent à la déshydratation. Il convient de changer l’eau quotidiennement et de nettoyer la pipette ou la gamelle très régulièrement.
  • Manque de variété dans les légumes ou fruits apportés : « Beaucoup de propriétaires ont tendance à donner toujours la même feuille de laitue ou seule une carotte de temps à autre », observe la vétérinaire. « Or, chaque espèce profite d’un panel varié de végétaux, en contrôlant surtout la quantité. »
  • Doses incorrectes : Le surdosage comme l’insuffisance sont problématiques, surtout pour les vitamines et oligo-éléments spécifiques. Toujours se référer à une fiche nutritionnelle vétérinaire.

Cas concrets : les conséquences sur la santé à surveiller

Le Dr Martin partage quelques cas fréquents observés en consultation :

  • Lapin au régime trop riche : Surpoids, troubles de la motricité, pododermatite (plaies aux pattes causées par l’excès de graisse et d’inactivité), voire des calculs urinaires et des stases digestives.
  • Cochon d’Inde sans supplément de vitamine C : Affaiblissement général, chute de poils, problèmes articulaires, infections à répétition, et dans les cas extrêmes, décès.
  • Hamster nourri uniquement avec des granulés parfumés ou sucrés : Obésité, carences, réduction de l’espérance de vie.
  • Tortue qui reçoit des aliments inadaptés (viande, lait… non adaptés aux herbivores) : Malformations osseuses, déficience hépatique, croissance compromise.

Comment établir un régime adapté : conseils pratiques

  1. Analyser précisément l’espèce, l’âge et le mode de vie. Un lapin d’appartement stérilisé ne mangera pas comme un jeune mâle actif en volière extérieure.
  2. Privilégier le foin, les légumes frais variés, et compléter seulement si nécessaire par des granulés de qualité vétérinaire.
  3. Éviter les mélanges “maison” sans conseil expert. Certaines plantes ou légumes (oignon, avocat, pomme de terre crue…) sont toxiques pour de nombreux NAC.
  4. Adapter la ration chaque semaine selon la prise ou perte de poids, la mue, la saison ou d’éventuelles pathologies.
  5. Consulter son vétérinaire pour la mise en place ou l’ajustement du régime, surtout en cas de doute ou lors de l’arrivée d’un animal à la maison.

L’avis du vétérinaire : la pédagogie reste la meilleure prévention

« L’alimentation reste le premier facteur de santé pour tous les NAC. Trop d’idées reçues circulent sur les réseaux ou en boutiques non spécialisées. La lecture attentive d’une fiche vétérinaire, le dialogue avec un praticien et des références sérieuses font toute la différence à long terme ! N’ayez jamais peur de poser vos questions, même les plus “simples” — chaque espèce a ses particularités et il n’existe pas de recette universelle. »
Dr Florence Martin, vétérinaire NAC

En résumé : pour une alimentation saine et sûre des NAC

Adopter un NAC, c’est s’impliquer durablement dans le bien-être de son animal. Les erreurs de nourriture sont souvent le fruit de la méconnaissance des besoins naturels, ou d’une routine peu questionnée. Éviter le piège des aliments trop riches, diversifier prudemment les apports, privilégier le foin de qualité chez les herbivores et consulter un professionnel sont les piliers d’une longue et belle cohabitation !

Pour aller plus loin, retrouvez conseils et guides pratiques, fiches nutrition et retours d’expérience partagés par la communauté sur animauxauquotidien.fr, rubrique Guides pratiques et Communauté.


Rappel : « Bien nourrir son NAC au quotidien, c’est leur offrir santé, vitalité et longévité. Un geste simple, mais essentiel, à réapprendre pour chaque espèce chez soi ! »
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